Fait d'être retiré ; action d'enfermer, fait d'être enfermé dans des limites étroites selon le CNRTL.
Pour le youpitant dico historique de Monsieur Rey : … il (le mot)est devenu le nom d'action de confiner. Il participe surtout à l'idée d'enfermement d'abord dans le contexte pénal de l'emprisonnement (1579) puis dans celui d'isolement d'un captif (XIXe siècle).
C'est gai. Heureusement que ma bibliothèque est bien garnie pour supporter d'être incarcérée et de devoir fabriquer moi-même mon papelard de droit de sortie hebdomadaire en quête de quelques denrées comestibles, un ausweis dans lequel mes grand-parents auraient reconnu un terrible avatar des véritables années de guerre qu'ils durent supporter. Notre oberschtroumpf ministre de l'intérieur a fait fort. Le pénible discours pétainiste de son patron bêlant "la guerre-la guerre-la guerre" lui aura donné des idées… encore heureux qu'il ne propose pas de faire don de sa personne à la France le petit président !
La guerre ? Contre un élément tout-à-fait naturel tel que ce virus insidieux , mais où va t'il chercher tout ça ? Je lui accorde qu'il est plus facile de discourir que  trouver le moyen de palier en catastrophe à la tragique situation des services sanitaires affreusement démunis. Depuis 2008 les finances des hôpitaux dégringolent, les lits sont rangés faute d'argent et de personnel pour les faire fonctionner. Le service médical des armées bat de l'aile dangereusement qui n'a réussi, en dix jours, qu'à installer trois tentes et trente lits. il y a seulement vingt ans l'OMS érigeait les systèmes de santé français en exemple à suivre, la dégringolade n'en n'est que plus frustrante.
Quel miracle que les personnels soignants n'aient pas déserté, qu'ils acceptent d'être corvéables à merci risquant leur propre vie pour la nôtre.
Quelle incurie ! depuis le temps que les soignants à tout niveau de responsabilité s'alarment, combattent et s'énervent… rien, pas une réaction concrète : discours-bla-bla-discours. Ah si, il s'est passé quelque chose ! la ministre de la santé s'est tiré des flûtes pour aller gagner flamberge au vent l'élection municipale de Paris avec le succès que l'on sait… pitoyable.
L'attitude de nos gouvernants face à cette gripette comme ils le prétendaient il y a peu me fait irrésistiblement penser au propos du film de Patrice Lecomte "Ridicule". Un petit noble responsable et sensé vient à la cour présenter au roi la situation sanitaire de sa région, le roi et sa cour s'amusent, s'en amusent.
Mes chers compatriotes bien moutonniers affreusement touchés par le discours martial, se sont précipités pour dévaliser les commerces  du papier-cul et des boîtes de conserves en se battant si nécessaire pour sauver les chariots pleins, quelle pitié de voir ça. 
Je suis incapable d'exprimer, sans éructer taper du poing vitupérer hurler véhémentement et m'énerver dans les grandes largeurs, l'horreur de voir mon pays dans une telle mouise inculte que je suis ; bien heureusement d'autres ont la science du verbe tels Madame Annie Ernaux ou Monsieur Kamel Daoud :
 
Lettre de Madame Ernaux
 
Cergy, le 30 mars 2020

Monsieur le Président,

« Je vous fais une lettre/ Que vous lirez peut-être/ Si vous avez le temps ». À vous qui êtes féru de littérature, cette entrée en matière évoque sans doute quelque chose. C’est le début de la chanson de Boris Vian Le déserteur, écrite en 1954, entre la guerre d’Indochine et celle d’Algérie. Aujourd’hui, quoique vous le proclamiez, nous ne sommes pas en guerre, l’ennemi ici n’est pas humain, pas notre semblable, il n’a ni pensée ni volonté de nuire, ignore les frontières et les différences sociales, se reproduit à l’aveugle en sautant d’un individu à un autre. Les armes, puisque vous tenez à ce lexique guerrier, ce sont les lits d’hôpital, les respirateurs, les masques et les tests, c’est le nombre de médecins, de scientifiques, de soignants. Or, depuis que vous dirigez la France, vous êtes resté sourd aux cris d’alarme du monde de la santé et ce qu’on pouvait lire sur la banderole d’une manif en novembre dernier -L’état compte ses sous, on comptera les morts - résonne tragiquement aujourd’hui. Mais vous avez préféré écouter ceux qui prônent le désengagement de l’Etat, préconisant l’optimisation des ressources, la régulation des flux, out ce jargon technocratique dépourvu de chair qui noie le poisson de la réalité. Mais regardez, ce sont les services publics qui, en ce moment, assurent majoritairement le fonctionnement du pays :  les hôpitaux, l’Education nationale et ses milliers de professeurs, d’instituteurs si mal payés, EDF, la Poste, le métro et la SNCF. Et ceux dont, naguère, vous avez dit qu’ils n’étaient rien, sont maintenant tout, eux qui continuent de vider les poubelles, de taper les produits aux caisses, de livrer des pizzas, de garantir cette vie aussi indispensable que l’intellectuelle,  la vie matérielle.  

Choix étrange que le mot « résilience », signifiant reconstruction après un traumatisme. Nous n’en sommes pas là. Prenez garde, Monsieur le Président, aux effets de ce temps de confinement, de bouleversement du cours des choses. C’est un temps propice aux remises en cause. Un temps   pour désirer un nouveau monde. Pas le vôtre ! Pas celui où les décideurs et financiers reprennent déjà sans pudeur l’antienne du « travailler plus », jusqu’à 60 heures par semaine. Nous sommes nombreux à ne plus vouloir d’un monde dont l’épidémie révèle les inégalités criantes, Nombreux à vouloir au contraire un monde où les besoins essentiels, se nourrir sainement, se soigner, se loger, s’éduquer, se cultiver, soient garantis à tous, un monde dont les solidarités actuelles montrent, justement, la possibilité. Sachez, Monsieur le Président, que nous ne laisserons plus nous voler notre vie, nous n’avons qu’elle, et  « rien ne vaut la vie » -  chanson, encore, d’Alain  Souchon. Ni bâillonner durablement nos libertés démocratiques, aujourd’hui restreintes, liberté qui permet à ma lettre – contrairement à celle de Boris Vian, interdite de radio – d’être lue ce matin sur les ondes d’une radio nationale.

Annie Ernaux

https://www.franceinter.fr/emissions/lettres-d-interieur/lettres-d-interieur-30-mars-202

 

Chronique de Kamel Daoud :

La nuit tout le jour 
 
Le retour du silence. Vous l’avez, on l’a tous, redécouvert, de nuit dans nos villes et villages. On a tous goûté à son eau glaciale et sauvage, même quelques secondes, quand on a fini de faire dormir les enfants et qu’on a tout éteint chez soi. Penché à sa propre fenêtre ou debout à l’heure tardive et nocturne, on a tous été surpris par ce vide soudain présent, cette immense immobilité céleste qui fait tourner le ciel et la terre, dans sa meule, mais sans aucun bruit audible. Dans la nuit, l’insonorité est un coup que l’on prend en pleine poitrine si, pour quelques secondes, on arrête de respirer, seul à sa fenêtre ou dans sa cour, chacun dans son coin dans notre monde menacé.
Imprévu, le silence revient avec nos confinements, doucement, s’écoule dans les rues, remonte les boulevards jusqu’aux balcons, ose même « couler » de jour, à la lumière comme une crûe immatérielle. Places publiques vides, boulevard déserts, avenues inhabitées, capitales inutiles. Le silence se montre en chose ancienne et oubliée et qui revient à cause de la rétraction des hommes et des machines, de la prédation de la « croissance » et de la consommation. Peu à peu, on se retrouve à se pencher non sur une rue, sa rue, son quartier, mais sur soi-même et sur ses propres responsabilités. Paradoxalement, le confinement débouche sur l’immensité et pas seulement sur l’enfermement. C’est l’une des plus vastes prisons que nous ayons construites. Peut-être pas pour tous, mais peu à peu, doucement, on s’y enferme. Morts, malades ou inquiets.
Chaque nuit, ce silence devient plus sauvage et plus puissant dans nos villes. Du haut du balcon, les arbres de nuits remuent comme dans une forêt qui va ressusciter après un ancien déboisement, les animaux ont des pas de survivants qui reviennent dans nos cités et sur nos asphaltes, des herbes sauvages vont aussi repousser dans quelques jours, entre nos pierres. Même les étoiles sont plus dures, plus proches, comme lavées, comme dépoussiérées derrière une vitrine claire. Avec l’homme enfin confiné, le reste du monde, les matières brutes, les espèces de la marge, reprennent leurs droits. Elles trainent, encore plus audacieuses, comme des choses blessées et qui titubent dans nos villes désertes. Dans la rue, un courant d’air semble venir de lointaines bordures dont on ne savait rien depuis un ou deux siècles d’industries. C’est un peu les jours précautionneux et audacieux des matières non transformées, des animaux non domestiqués, des silences que les machines et les énergies ont reclus, des immobilités qui nous font nous souvenir. Nous nous initions peu à peu, doucement, à la mort ou à l’humilité. La peur creuse la perspective et les tombes. On se rétracte dans nos villes et la nuit nous donne le reflet de notre abime creusé par nos mains. Des désastres que nous avons commis.
A Venise, les médias montrent une eau claire et impossible dans les canaux dépollués. Les satellites offrent des cartes de la Chine sans pollution. Chaque légume ou fruit est interrogé sur ses origines, ses pourcentages d’engrais ou de pluies, sa parenté avec le soleil ou la chimie. On tente de retrouver la vie saine, sauvage comme on peut. Mais c’est encore loin. Pour l’instant, c’est la mort, les bilans et la redécouverte de la frayeur et de l’impuissance. Manger bio. Mourir par la biologie.
Le confinement est une fulgurante rétraction de l’humanité : calfeutrés dans les grottes modernes des maisons, certains scrutent les étoiles, redécouvrent incrédules la crainte du vide naturellement (on l’a oublié) concomitante aux constellations. Ils redécouvrent les enfants et le temps. Redécouvrent que comme aux premiers temps de l’humanité, on ne sait plus comment il faut enterrer ou prier, qu’on risque la faim ou le chaos, qu’on est revenu à la nuit des temps. Mais de toutes les terreurs immédiates, c’est celle-ci qui nous revient au visage, si ancienne, comme un Dieu mal enterré : la peur de l’invisible tueur. Ce remake de notre duel si immémorial avec l’inconnu.
On peut le nommer, dire que c’est un virus, Covid-19, mais il n’est concret que pour ceux qui l’étudient. Pour les autres ceux qui le vivent, en meurent, le combattent, il s’agit d’un énième invisible de notre longue histoire. Une « abstraction » concrète pour reprendre un personnage de « la Peste » d’Albert Camus. L’invisible, dégradé par les théologies, les croyances, les courtiers ou les intégristes religieux, repoussé, revient mais encore plus sauvage, plus meurtrier. Certains, politiciens ou religieux, artistes ou militants, tenteront de s’en proclamer interprètes, mais inutilement. Le virus nous aligne tous. Aucune métaphysique ne lui fait barrage ou ne peut le recycler pour le moment. Tout se passe dans les laboratoires et nos poitrines. L’occulte ou l’invisible. Pour le vivre, nos corps sont sommés à l’au-delà. D’ailleurs, on a à peine une ou deux bonnes informations sur cette négociation serrée entre l’homme et ce vieux Dieu de l’abstrait.
Ainsi, comme une divinité barbare, le virus nous oblige au rite de l’isolement, aux ablutions chaque minute, au confinement monastique, à la peur ou à la folie, comme ses pairs, les autres Dieux démodés de notre histoire. Mais pour le moment le germe reste sauvage et méconnu. La nuit, le silence qu’elle ramène dans nos villes, l’immobilité, tout cela le précède comme aux temps antiques et nous sommes dans la crainte. Un mystère se restaure sous nos yeux et avec lui les fausses solutions, la précaution, la conversion, le trépas ou le rire moqueur.
Avec le confinement, notre monde devient comme nocturne, même en plein jour. Il nous repousse dans nos maisons alors que nous l’avions victorieusement repoussé vers le ciel. Nous avions pensé avoir vaincu l’inconnu dans nos terres, il revient reprendre ses droits et dissocier les mots des objets, les vivants des vivants, replonger des territoires entiers dans l’indicible.
La nuit, avec le vide urbain et le silence, chacun à sa propre fenêtre en ces heures pénibles, on peut voir ce nouveau tracé des frontières qui se meuvent vers nos pas de portes. Nous vaincrons, comme souvent. Mais il nous faut au moins le faire dans la négociation et l’humilité : si nous voulons que le monde ne nous tue pas, il ne faut plus qu’on tue le monde avec autant de mépris.
« L’inhabité » nous revient au visage car nous sommes coupables d’un monde désormais inhabitable.
 
Kamel Daoud
 
 
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Mon actif désœuvrement carcéral m'a fait découvrir une pépite sur le net : le site du GREC (Groupe de Recherches et d'Essais Cinématographiques) offre en accès libre quelques court-métrages. L'un d'eux est consacré à Albert Cossery dans son grand âge. Malade, aphone, promenant sa silhouette dégingandée de vieil Horus dans Paris et néanmoins si vif et élégant : à voir ICI. Ses propos datent de 2005,  trois ans avant sa disparition. Ils restent absolument pertinents.

J'avais évoqué son livre "Mendiants et orgueilleux" que je lisais en 2012 au moment des élections municipales dans cet article : extrait-1.

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Une pensée pour Jean Cocteau qui croyait, espérait, appelait de ses vœux une Europe unie, fraternelle, solidaire. Serait-il au désespoir  ?  l'enchanteur désenchanté ?  c'est cruel…

Cocteau EU patrie

30 mars 2020