"Pièce de métal, de bois ou de matière dure permettant le serrage… bla-bla-bla" me dit le CNRTL. Tout le monde sait ça surtout ceux qui, comme moi, ne cessent de bricoler des trucs et des machins qui nécessitent force écrous, vis, ficelles en bois du Tonquin et autres bidules-choses.
Mais là n'est pas le propos. Une fiche d'emprunt d'ouvrage en bibliothèque départementale m'a fait frémir :
ecrou
colonne de gauche le nom de l'emprunteur puis au milieu la date d'emprunt et enfin à droite la date de rendu peu souvent renseignée car l'essentiel est que cela soit rendu en temps et en heure, les bibliothécaires sont d'un pointilleux !

 

La bibliothèque départementale met à disposition des ouvrages dans les prisons. Cette fiche m'apprend qu'un prisonnier qui emprunte un livre ne verra pas son nom inscrit sur la fiche mais son numéro d'écrou. Il perd la liberté ainsi que son nom sur une banale fiche de bibliothèque par la même occasion. C'est affreux de perdre son nom, non ?
D'après le honteux pompage que j'opère en résumant maladroitement dans le dico de Monsieur Rey, le mot écrou vient de fort loin, en forme de féminin escroe au XIIème siècle, une bande de parchemin.  Il se dira escroue au XVIème siècle : escroues de la maison du roi pour désigner le registre des dépenses puis escrou registre de prisonniers. C'est pourquoi encore aujourd'hui il est prononcé une levée d'écrou lors de l'élargissement d'un prisonnier.

 

En quoi cette histoire d'écrou, de prison et de peine à purger doit-elle permettre de substituer le nom de l'incarcéré par son numéro d'écrou dans une innocente et anodine fiche d'emprunt de livre ?

2 juin 2021