11 h. du soir. Nuit limpide. Douceur d'air et hulotte muette pour une fois, le faucon digère sous le hangar.
Notre galaxie s'en paie une tranche. Les myriades de la voie lactée sont scintillantes, vibrantes ou opalescentes.
Et puis… Elle a filé ; un trait rapide, lumineux et sûr quoique court. Elle me fait signe, son passage du terrestre au céleste fut sans encombres.
Et non… bien sûr que non… vue de l'esprit qui voudrait bien… croire serait si apaisant.
A jamais, belle Acajou.
18 août 2013
… il repassera par là, tralala…… Ouais… ben c'est pas marrant ! Et puis j'm'ai fait eu et ça, c'est pas pour me plaire, zutre !!!
Bien contrainte de mettre la truffe hors mon terrier tempéré pour aller faire quelques courses obligatoires autant que chiantes, je me trouve incidemment nez-à-nez avec un portant affublé de chiffons divers en solde à la coop. agricole. Cocagne me dis-je, je vais farfouiller un peu histoire de… des fois que… Gagné ! Deux tee-shirts juste bien comme il faut et aptes à être peints semblent n'attendre que moi, mes pinceaux et mes couleurs pour tissu avec lesquels je barbouille et obtiens des trucs que personne ne porte… disons que personne ne voudrait porter peut-être… hum……
Pour le choix, l'important c'est la couleur générale blanc ou noir, là c'est blanc -je pourrai faire des gribouillis en couleur- et la qualité, pas trop épais mais pas trop fin et surtout pur coton, il faudra supporter la grosse chaleur du fer à repasser pour fixer les couleurs du gribouillis.
Et puis que ça ne vienne pas de trifouillis-les-oies en passant par Madagascar, Kuala Lumpur, Oulan Bator via Tataouine ; je n'aime pas acheter des biens de consommation qui ont fait trois fois le tour du monde avant de s'acheminer vers mon coin de planète, sont fabriqués par des pauvres hères qui prennent de temps en temps leur usine sur la tête ou sont incinérés avant terme par des incendies gigantesques tout en étant payés à coup de pierres au fond du bol. Pas facile à satisfaire cette détermination concernant le textile et c'est trop souvent que je dois capituler si je veux être habillée néanmoins je jette un œil affuté sur l'étiquette qu'il faut aller pêcher au bas de la couture latérale.
Oh ben ça alors ! Contente que je suis, ça n'arrive pas souvent un truc pareil :
Du pur coton made in espagnol, quelle aubaine ! Allez hop les deux tee-shirts dans ma besace.
Maintenant que les grosses chaleurs font suite au temps calamiteusement froid des derniers six mois, je vais me réfugier à l'atelier pour m'occuper de mes peinturlures sur tee-shirt ; première étape couper les manches, j'aime pas les manches courtes, c'est bâtard… y a des manches ou y en n'a pas et pis c'est tout. Deuxième étape couper l'étiquette : ça gratte, ça dépasse, ça m'énerve les étiquettes…
Tiens ??? Y en a deux des étiquettes… la deuxième parfaitement cousue derrière la première, la seule que j'ai vue lors de mon achat.
Je coupe.
Nom de dieu de bordel de merde ! Et autres noms d'oiseaux bien plus orduriers !!!
J'm'ai fait eu…
Ils ont transité par tous ces pays mes tee-shirts ? Turquie, Canada, Mexique et Espagne avant d'arriver en France ? Ou bien dans l'autre sens… ou alors encore mieux… partis d'Espagne, arrivés au Mexique via le Canada puis la Turquie ? Je n'en sais rien mais ça m'impressionne autant que ça me fout en rogne ! Se faire avoir par un bout de chiffon, c'est râlant ; imaginer tout le carburant qu'il a fallu pour trimbaler ces tissus, franchement…… j'en perds mes mots tiens !
Et comme je tripote ces saloperies d'étiquettes, je m'aperçois que la roumègue m'aveugle : suffisait de tourner d'un quart le bout d'étiquette pour savoir le vrai lieu de fabrication avant le périple international :
Bangladesh… pile poil un des pires pays pour les ouvriers du textile ; là on n'peut pas dire, j'ai gagné le yoyo en osier avec la ficelle du même métal, merde alors…
Donc, après le Bangladesh, ils se sont promenés autour du monde, ils ont vu du pays comme on dit avant de se faire "customiser" au frais dans mon atelier… hébé……
Ont-ils été fabriqués avant ou après le dernier incendie d'usine connu ? Par un ou une ouvrière sacrifiés ? Je ne puis rien en savoir et ça ne m'empêchera pas de les porter ; les mettre au rebut n'apporterait en rien la moindre amélioration aux conditions de vie et de travail, ni dans ce pays, ni dans les maquiladoras mexicaines, ni en Inde ou au Maghreb ou ailleurs… la moindre des choses est d'essayer d'éviter l'achat. Pas toujours facile je viens d'en faire les frais, pas des gros frais certes par rapport aux malheureux travailleurs esclavagisés mais la ligne de conduite que j'essaye de tenir tant bien que mal, voire cahin-caha, s'en est pris un coup dans le buffet. Pourtant comme je l'exposais déjà par ICI il suffirait de ne pas acheter pour pas que ça se vende ni se fabrique.
Ah les fourbes qui font coudre deux étiquettes, peut-être le font-ils exprès pour que les goupils de passage qu'aiment pas faire des courses se fassent avoir… ben zutre……
26 juillet 2013
Ça c'est un truc de vieux : ah ces jeunes !!! Les jeunes sont ceci, font cela, sont comme ça, branlent rien, sont feignasses et pis bruyants et pis y z'écoutent de la musique de merde et pis … ah non vraiment les jeunes c'est pu c'que c'était ! C'est pas futé le vieux, il oublie tout bonnement qu'il a été jeune, que les vieux de sa jeunesse dégoisaient tout pareil dans son dos et même que ça le rendait grave véner. Mes jeunes à moi, disons ceux que je connais sont des gens sympathiques, remuants, pleins d'idées, entreprenants et j'apprends plein de choses à leur contact… ils sont chiants aussi parfois… comme tout le monde quoi !
Alors quand des jeunes que je croise me disent poliment bonjour et que…… je vous raconte :
Le beau temps revenu me donne envie de passer mon temps à rôder avec ma musette-photo à l'épaule, pas si simple mais j'arrive à m'octroyer des escapades. Une fin d'après-midi radieux, je laisse tomber les tâches en cours et file me promener au bord d'un lac. Avec tout ce qu'il nous est tombé comme flotte sur le râble, il est archi-plein. Je m'engage sur la digue histoire de faire un panoramique des monts et vaux qui font trempette.

Je baguenaude le pif au vent sur le chemin du retour quand trois jeunes garçons s'engagent sur la digue. Salutations d'usage… quand je vous dis qu'ils sont bien les p'tits jeunes !
Nous nous croisons.
L'un d'eux, on va l'appeler Blanc se retourne vers moi et me demande
- ouais des photos ! vous voulez pas nous faire une photo ?
l'autre, on va l'appeler Rose-rayé
- ben à quoi ça va nous servir, on l'aura pas la photo !
ça doit être l'intello de la bande Rose-rayé
le troisième, on va l'appeler Rouge, ne dit rien
Moi m'adressant à Blanc, à l'évidence le leader à langue bien pendue :
- si vous avez une adresse mail, je vous l'envoie la photo
- ah oui ben voilà ! Oui, oui j'ai une adresse mail…
- vous avez un papier et un crayon parce que là, j'ai rien du tout
- non, on n'a pas mais c'est facile c'tte adresse, vous allez la retenir
- mouais… ça serait mieux sur un papelard
Je farfouille dans mon sac photo, en extirpe péniblement un vieux stylo échoué au milieu des bazars de filtres, batteries et autres trucs moins utiles… mais pas un bout de papelard, zut. Ah si ! Un mouchoir jetable fera l'affaire. Blanc me dicte son adresse, j'écris en majuscule pour pouvoir me relire mais :
- oui bon c'est ça mais faut écrire en minuscule hein !
- je sais bien mais là sans mes lunettes et avec un stylo asthmatique sur du ouateux, c'est pas simple
- ah ben oui… non mais j'vous disais ça… peut-être vous saviez pas…
Et voilà c'est ça les jeunes qui croient que les vieux ne sont au courant en rien des techniques modernes, halala…… bref je souris avec condescendance à la face d'un Blanc qui prend tout soudain une tronche de gaffeur pénitent, très très pénitent, il la veut sa photo……
Mes trois lascars se concertent sur l'endroit où se placer, quelle pose prendre et ça donne :

Rouge toujours mutique, Rose-rayé rigolard, Blanc qui s'la pète. Blanc qui demande s'il ne peut pas avoir une photo de lui tout seul :
- comme ça je peux la mettre sur Facebook, là j'aurais une tof d'enfer avec un appareil comme ça !
- comment vous savez qu'elle sera bonne la tof ?
- ben avec un engin comme ça, c'est pas possible autrement !
- ah vous y croyez vous et si je rate ?
- mais non c'est pas possible, c'est pas un téléphone qui fait des machins tout pourris
Bref, j'ai grand intérêt à m'appliquer.
Blanc dans ses œuvres :

Ça doit leur plaire de jouer à la starlette :
- on peut en faire des autres ?
- ben oui, profitez la pellicule ne coûte pas en numérique
- bon alors, on s'met là
- d'accord mais plus à droite sinon je vois trop de cailloux c'est moche
- ah vous vous y connaissez alors ?
J'hésite entre prendre l'air outré ou rigoler… évidemment je rigole ! Je ne m'y connais pas plus que ça mais bon…… je fais de mon mieux…

Et bien sûr, il faudra reprendre Blanc tout seul… Ah quel coquin ! On ne voit pas toujours tout dans un viseur……

A la question posée, j'explique comment dimensionner les photos pour les éditer sur un site, Blanc s'exclame que c'est bien ça que sa sœur lui a déjà expliqué :
- elle fait des études de photo ma sœur… bon j'y demanderai, elle sait bien elle…
Il n'aurait pas l'idée de faire un effort par hasard ? C'est bien un garçon tiens !
C'est pas tout ça mais faudrait que je rentre au terrier ; les gamins me remercient tout en me faisant comprendre à mi-mot qu'ils ont une "mission illicite" à aller accomplir au bout de la digue… ben voyons ! Ils essayent de me prendre pour une bille… décidément ça se confirme, ils sont rigolos.
Le lendemain et comme je l'avais promis, je traite les photos et effectue deux envois à Blanc… tout ça pour aller échouer dans les tréfonds de Facebook… enfin bon, c'est la lubie du moment. Tout ceci ne serait qu'une anecdote fort sympathique s'il n'y avait un petit point final croustillant et qui m'a laissée quelque peu pantoise, faut bien le dire !
Blanc, courtois, répond à mon premier envoi comme suit :
"Bonjour, je vous remercie beaucoup, j'ai bien recu les photos, super! merci encore."
mais il a dû se demander ce qu'il pourrait bien écrire pour répondre au deuxième envoi parce que :
"Je ne suis pas un gamin :(
je voulais vous demander si vous avez un mari?"
Alors là… les bras m'en tombent ! Certes je n'aurais pas dû le traiter de gamin mais bon… il n'était probablement pas né quand j'assurais, courageusement on s'en doute, mes premières "missions illicites".
Quand je vous dit qu'ils sont sympas les jeunes !
Wouarfffff… j'ai pas fini de me marrer là !!!
16 juin 2013