Gros P'tit Robert me rancarde : ensemble de menées secrètes plus ou moins déloyales. Plus ou moins déloyales ? Ah ça alors… l'est bien mignon P'tit Robert, plutôt plus que moins il me semble. Allons voir ailleurs : Action de machiner, ensemble d'intrigues, de menées déloyales et secrètes pour faire aboutir un complot, pour nuire à quelqu'un, pour le perdre. Plus détaillée la définition académique ! Aboutir à un complot, voici l'affaire. J'avais déjà évoqué le mot complot pour me moquer d'un sbire peu recommandable par ICI.

J'y reviens à ces affaires de machinations, conspirations, complots, cabales et autres saletés fomentés par d'aussi peu recommandables faux types que celui dont je me gaussai plus tôt.

Ça fonctionne à plein tube sur le net les insinuations de manigances et autres synonymes ; des ultras-religieux, des ultra-fachos, des ultras-illuminés qu'ont pourtant pas la lumière à tous les étages s'en donnent à cœur-joie. Ils déblatèrent en vidéo-amateur mal filmée, vitupèrent et blablatent dans les courants d'air du cyber-espace contre de grandes machinations ourdies par des manipulateurs secrets dont le seul but serait de mettre le bon peuple à genoux. Pour que l'affaire fonctionne bien généralement il faut présenter un panel de soi-disant  comploteurs organisés et évidemment ça tourne toujours autour des mêmes soi-disant malfaisants : un coup les juifs, un coup les franc-maçons, un coup les templiers revenus d'au-delà, un coup des curés pas catholiques… j'en passe mais ils ont de l'imagination ces bougres d'adeptes complotistes ! Parfois ce sont les extra-terrestres qui doivent s'y coller… plus c'est gros plus ça passe.

Avaler n'importe quelle bêtise sans même tenter une mise en perspective, se bouger un peu le neurone pour analyser, recouper ses sources, frotter sa propre jugeotte aux assertions de ces cabaleurs de bas étage me parait inconcevable. Et pourtant…

De bas étage voire carrément du sous-sol, là où on stocke les poubelles qui puent ces discoureurs dont on pourrait se dire que bof si ça les amuse…… sauf qu'ils sont redoutablement dangereux et suffisamment adroits pour tournebouler des esprits qui ne sont pas forcément en état de renifler la manœuvre faute des moyens intellectuels minimum que le milieu familial et l'école ne fournissent pas uniment ni avec célérité.

Ces menées pernicieuses ne commencèrent pas grâce à l'outil internet, loin de là, c'est aussi vieux qu'homo sapiens j'imagine ; par contre la propagation a vachement bien progressé et file comme un pet fâché, étend ses tentacules visqueux un peu partout.

Il faudrait bien des heures d'inventaire pour essayer de recenser la liste interminable des machinations victorieuses ou foirées puisque, quel que soit le résultat, on finit toujours par savoir le fin mot de l'affaire qui, de cachée, se trouve à l'instant de l'exécution propulsée dans la lumière.

En mode feignasse-sans chercher voyons quelques échantillons : l'assassinat du Duc de Guise réussi, celui d'Hitler raté, l'attentat de Sarajevo qui a mis le monde à feu et à sang et inauguré l'horrible réalité de guerre mondiale, Henri IV évidemment ! Poignardé par ce crétin de Ravaillac instrumentalisé par des malfaisants connus sitôt l'assassinat commis, les menées puantes de la CIA en Amérique du Sud… le 11 septembre 1973 par exemple, un autre 11 septembre 28 ans plus tard… bref, des conspirateurs ont machiné un acte grave et délibéré, l'ont mis à exécution, l'ont réussi ou pas : voilà c'est tout, c'est ça une machination ou un complot et c'est vu, connu, su, analysé au grand jour quoiqu'avec un temps de retard sur l'événement.

L'adepte qui tombe dans le panneau complotiste se contente de théories fumeuses prémâchées ; c'est très facile de croire aux complots internationaux de grands méchants dont on ne sait d'où ils sortent ça évite de s'interroger et  réfléchir : "à quoi ça sert que je me bouge puisque de toute façon c'est le grand complot qui gère tout"… une manière de déresponsabilisation de sa propre vie tout-à-fait surprenante !

De temps en temps, le groupe Bilderberg ressort des tiroirs bien garnis du complotiste… miam-miam le groupe Bilderberg ! Cette réunion de différents personnages influents du monde des affaires, de la politique et de la finance (exactement comme toute autre réunion internationale) fait fantasmer bien du péquin qui voit des "maitres du monde" agiter frénétiquement des ficelles pour nous gouverner… ben dis-donc, ils ne sont pas doués les gonzes vu le merdier qu'est la planète en ce moment. Non, sérieusement comment peut-on imaginer de telles sornettes ? Certes ces gens sont puissants et je serais ravie de les voir disparaitre à jamais mais après quoi… rien… Ils causent ? S'entendent sur des marchés ou orientent des menées diplomatiques ? Et bien à nous de peser sur les décisions. Quoique… notre petit président n'a pas eu besoin d'eux pour signer un accord de coopération judiciaire inique avec le Maroc par exemple ou de nous faire avaler de force forcée à coup de 49.3 des lois retorses et éminemment discutables ou encore nous balancer une loi liberticide féroce dite anti-terroriste !

L'adepte se repait de certitudes infondées.

Parfois ce sont les jolies volutes des avions qui contiendraient des produits chimiques destinés à manipuler nos pauvres têtes ; faudrait qu'on m'explique comment un produit chimique peut manipuler ! Si l'atmosphère avait dû être empoisonnée par les trainées de vapeur d'eau des avions, on serait tous calanchés depuis quelques lustres, les commanditaires de la machination itou.

Tous les sites qui débitent ces balivernes au kilomètre s'évertuent à mettre en page un pseudo aspect technico-scientifique à leurs délires : des graphiques, tableaux, successions de données filandreuses ; aucune précision sur les modes de captation de ces éléments, les modes de calcul, etc. et surtout pas des noms d'auteurs ou à la rigueur des pseudonymes. Sauf que pour être crédible, il faut connaitre son sujet et dérouler son curriculum vitæ histoire que le clampin qui ouvre la page sache à qui il a affaire : un vrai scientifique indépendant ou un farfelu qui veut faire gober ses égarements ?

L'adepte aime à se faire peur mais il ne bougerait pas un petit doigt pour tenter de circonscrire de funestes entreprises multi-nationales de l'agro-chimie qui balancent vraiment du poison dans les moindres recoins de notre ronde planète.

Au chapitre des certitudes chimériques, nous eûmes le 21 décembre 2012 le sale gag de Bugarach ; il s'en est fallu de peu qu'il y ait des morts et des blessés mais pour une fois la préfecture avait sérieusement anticipé la menace. J'en ai conçu une Faribole de cette fable cosmico-pas drôle. J'aimerais savoir comment se sont  dépêtrés de leurs balivernes les adeptes qui avaient prédits la fin du monde décidément pas fiable, il a oublié le rendez-vous.

De véritables manœuvres pour nous asservir, faire perdre aux états leur libre-arbitre en matière de gestion de l'environnement de développement industriel agricole culturel… bref dans tous les domaines de la vie en société, se concoctent tranquillement, ça va pas tarder à nous tomber dessus et là, l'adepte de la machination générale il dit quoi ? Rien. Il n'est même pas averti par son gourou internétique !!! Et pourtant ça va être autre chose que des trainées d'avion inoffensives  qu'on va se choper sur le coin de la tronche… allez je suis bien brave… le lien d'une vidéo facile à comprendre sur le TAFTA par ICI où l'on constate qu'il n'y a pas le moindre conciliabule caché, que tout est sur la place publique et qu'il faudrait bien se mêler de ce qui nous regarde… je vous accorde complotistes invétérés que c'est légèrement plus besogneux que de bader un gourou.

Dans le genre secte manipulatrice, c'est "les juifs" qui tient la corde juste avant "les franc-maçons". Les mythes ont la vie dure. L'adepte me semble assez généralement porté sur des thèses d'extrême-droite alors évidemment ça lui gratte le mollet de fantasmer sur l'éternel complot  maçonnique ou pire "judéo-maçonnique". Ces affreux jojos qu'auraient foutu le roi par terre et c'est pas la faute à Voltaire seraient des infréquentables trublions… bon, bon mais… et le roi, il n'était pas un peu flapi ? La royauté était mure, elle pouvait tomber et ce n'est pas une poignée de franc-maçons qui y suffît quoiqu'elle poussât quelque peu.

La pire des impostures en matière d'attaque anti-juifs reste encore "les protocoles des sages de Sion" un faux grossier destiné à abuser le tsar russe en l'informant d'un complot juif international visant à prendre le pouvoir universel. Hitler en a fait ses choux gras, on connait la suite. Il a fallu quasi un siècle pour prouver matériellement la fausseté du texte, l'identité du rédacteur, plus aucun doute ne subsiste… n'empêche cette affabulation est encore parfois tenue pour véridique, les mythes ont la vie dure…  Umberto Eco en a tiré un excellent roman "le cimetière de Prague".

Aparté en mode j'vous raconte ma vie : il y a une poignée d'années, je fus conviée par une gamine à son baptême de confirmation ; sa mère tordait le nez, une protestante athée jusqu'au bout des ongles ça faisait pas jojo dans le tableau catholique pratiquant familial. Tant pis, il fallut me supporter et il arrive parfois que je sache garder contenance. Contrainte de converser avec la mère de la maîtresse de maison, je m'efforçai de faire bonne figure et évitai de lui envoyer dans les gencives que toutes ses curetonneries me puaient au nez ; bien au contraire, nous disputâmes du livre de Job. Le lendemain la vieille mère dit à sa fille qu'elle avait passé un charmant moment avec moi… aussitôt la fille pouffe et lui avoue que je suis protestante (athée elle n'a pas osé) et sa mère de lui rétorquer : "pas croyable !… normalement les protestants sont des sanguinaires qui pillent les églises et ne connaissent pas les saintes écritures"  Et paf… véridique… les mythes ont la vie dure derechef.

 

Revenons à nos têtes de liste en matière de machinations complotistes : les juifs et les franc-maçons.

En ce moment c'est l'effervescence du côté du Panthéon à Paris. Dans cet affreux bâtiment, église avortée, on enfourne de temps en temps des dépouilles de glorieux personnages considérant qu'il faut que la patrie soit reconnaissante aux grands hommes. Ah les messes républicaines… quelle bêtise ! Et pourquoi que j'en cause alors ? Et bien parce que le cercueil d'un homme vient d'y entrer, un de ces types qu'ont un peu changé des choses pour de vrai, qui ont combattu bravement avec intelligence et détermination. Jean Zay, ministre du Front Populaire a mis sur pied le collège unique pour tous, créé avec la CGT le festival international de cinéma de Cannes en réponse au festival fasciste de la Mostra à Venise voulu par Mussolini, le CNRS, les œuvres universitaires, des musées, le sport à l'école… et j'en oublie. En 1939 guerre et pétainisme ; refusant le diktat de Vichy, il s'organise en résistance avec ses collègues mais arrêté, il est exécuté par la milice française. Dévoué à la République, il lui a refilé jusqu'à sa vie. Il était juif, franc-maçon… et victime d'une machination.

Pour faire bonne mesure, je me dois d'évoquer les lobbies qui sont des acteurs économiques et politiques majeurs capables, et ils ne s'en privent pas,  d'infléchir les politiques publiques des états. Où est la machination néanmoins ? Les lobbyistes de l'Europe sont répertoriés, déclarés et possèdent des bureaux dans les étages de l'Union, il suffit d'aller les chercher pour les contrer si on n'est pas d'accord. La presse indépendante quant-à-elle édite chaque semaine les exemples de collusions entre diverses instances comme l'AFSSA avec les multi-nationales agro-alimentaires ou l'autorité du médicament avec des patrons de laboratoire riches dealers de petites pilules dont des affaires récentes prouvent qu'il vaut mieux s'en passer le plus possible. Tout est sur la place publique, il suffit de s'informer et d'agir si on en a le goût. Ça n'est pas simple du tout de tenter de choper des informations fiables mais ça n'est pas pour autant qu'il s'agit de machinations, complots et cabales. 

Gober, propager les sempiternelles fantaisies de quelques stériles personnages aux imaginaires paranoïaques en quête d'audience est dangereux. Franchement en ce moment on n'a pas besoin de surcroît d'emmerdements, les réalités sont assez pénibles comme ça !

25 mai 2015

 

 

 

 

 

 

 

L'est clair et net pépé Littré : fonction de syndic, terme de bourse, réunion de capitalistes intéressés dans une même entreprise et mettant en commun leurs titres pour en opérer la vente sans en altérer le prix…… tiens-tiens-tiens…… et oui je blague presque, c'est le sens premier du mot, le complément : groupement qui a pour but la protection d'intérêts professionnels communs. Je passe rapido sur d'autres définitions historiques donnée par le CNRTL : Régime administratif d'une paroisse rurale gérée et représentée par un syndic  ou bien sur un terme administratif de marine :  circonscription de base de l'Inscription maritime.

Faisons court donc : Groupement de personnes ayant pour objet la défense d'intérêts communs.

Et hop tout est mélangé, l'office du tourisme, les copropriétaires qui se mettent sur la gueule à chaque assemblée générale (c'est rigolo !) les agricoles, les patrons… pardon… les entrepreneurs, les communes inter-communes inter-département inter-chépakoi dont le but semble n'être que générer de l'impôt… zutre je m'égare… les syndicats du crime ou étudiants ou lycéens, les autonomes bien décidés à l'entre-soi et bien sûr ceux dont on entend particulièrement causer aujourd'hui 1er mai, les salariés et ouvriers. C'est jour de fête des travailleurs donc j'ai envie de rien foutre alors je recopie : association de défense de certaines catégories socio-professionnelles (ouvriers à l'origine, puis plus généralement salariés), comme moyen d'expression face au système économique en place et à orientation idéologique, religieuse plus ou moins affirmée. Ça a le mérite d'être clair et d'englober l'ensemble des sensibilités de la cause syndicale.

Aujourd'hui il semblerait qu'on ait de nouveau affaire à la vieille méthode corporatiste, chacun dans son coin gratte pour garder des avantages pas accordés à l'ensemble des employés. De plus, chacun annonce être le plus beau le mieux à même de défendre les gars zé filles qui triment pour de la misère alors que leurs dirigeants passent leur temps en réunionite, coups d'éclats et interventions télévisuelles sans grand rapport avec la vie salariée comme elle va. J'ai un peu de mal à comprendre que ces organismes recensent encore des adhérents de base qui ne mouftent pas, suivent les mots d'ordre sans jamais trainer du godillot… bizarre…

Il ne se compte pas tout-à-fait huit cent mille encartés syndicaux dans notre beau pays de France ; ça fait pas lerche sur vint-deux millions de salariés-employés-ouvriers-chômistes !

Quand j'étais gamine, un syndicat mou du g'nou était le favori des patrons, on le disait "jaune" avec à sa tête un type assez jaune de teint lui aussi et les lunettes de travers sur le pif qui collaborait avec la cause patronale. Les communistes avait leur syndicat "rouge", ils ont tellement mis les drapeaux dehors dans les manifs que c'est tout décoloré aujourd'hui, enfin… je ne vois pas d'autres explications à leur particulière apathie. Les "noirs" de la CNT, personne n'en parle jamais pourtant ils bougent encore un peu, pas beaucoup. Dommage, c'est par le massacre d'anarchistes en tête de cortège par les forces de l'ordre (les manifs à Chicago aux Etats-Unis ou Fourmies en France pour les plus importantes et emblématiques) que le 1er mai s'est ancré comme fête des travailleurs.

Aujourd'hui quelques chefaillons organisent chacun un défilé ; au long de l'année ils râlent un peu pour la forme. De temps en temps une grève corporatiste dans l'administration emmerde tout le monde et puis quoi… ah oui, les organismes paritaires les occupent un peu aussi. On est bien loin des réclamations essentielles gagnées en d'autres temps plus revendicatifs de la journée de 8 h, des congés et du droit à la retraite bien le rebours ! Maintenant les syndicats ouvriers papotent avec les patrons et signent les arrêts de mort de toutes les avancées sociales les uns après les autres. Et peu importe le parti qui gouverne, le ministre qui pond les lois (alors qu'il devrait surveiller qu'elles soient appliquées puisqu'il n'est constitutionnellement qu'un exécutant) il y a si peu de différences entre rosâtres et bleus-bruns que les chefs syndicaux ne font pas la fine bouche et acceptent volontiers les invites au château.

La moelle, la hargne et les justes revendications ont pris un sacré coup dans l'aile : disons même qu'elles n'existent plus, il reste qu'aujourd'hui la seule attitude possible soit de quémander le droit de travailler pour un salaire de misère, le SMIC net n'est qu'à environ trois cent euros supérieur au revenu du seuil de pauvreté ! Merde alors !!!

Quoi qu'il en soit s'il n'y avait pas de patrons, il n'y aurait pas de syndicats ; pas de chefs ni d'un côté ni de l'autre ! Ça vous fait rire ? Riez donc ! Mon expérience particulière me permet d'affirmer que nos entreprises professionnelles n'ont jamais si bien fonctionné et n'ont été si prospères que quand chacun se dirigeait lui-même. Quelques efforts à faire certes à chaque nouvel arrivant, des explications à fournir, quelques gueulantes pour faire bien rentrer dans les crânes ou recadrer en commun et roule ma poule… c'est d'un confort inestimable et bien plus égalitariste que toutes les conventions du monde. Luxe suprême, les règles informelles ne pèsent pas, elles s'appliquent, on les respecte sans même y songer.

Ah ! C'est pas demain que le monde s'améliorera…

En guise de conclusion : le Littré donne censure comme signification du mot au XVIème siècle et qui n'a pas perduré. Encore une fois je ne résiste pas à vous proposer la phrase-exemple de cette acception, c'est si chantant :   "Si j'ay loué le roy Louis douzième de chose meschante, ne encores si je luy ay attribué chose qu'il n'aye faict, j'en seroie volontiers à syndicat, et ne craindoie point d'en respondre."

 Quant à moi je ne craindoie point de partager mon joli bouquet de saison !

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1 mai 2015

En aurai-je la force ? Ah voici une question qu'elle est bonne tant ce mot possède d'acceptions ! Peu de positives, des négatives, des plus ou moins entre les deux. Le vieux père Littré nous en a pondu quatre pages… ouch… et elles doivent être fort bien léchées car mon édition récente ne rajoute pas un brin de mise à jour. Le CNRTL lui consacre un article long comme un jour sans pain.

En force, avec force, à la force du poignet, avoir la force, collier ou camisole de force… brrrr…(une prison parisienne portait ce triste nom de La Force), être dans la force de l'âge, être au dessus de (ses) forces, force de travail mais aussi travail de force qui ne sont pas du pareil au même bien le rebours,  force d'âme, force de vente, force d'inertie ou autre phénomènes physiques quantifiables, cas de force majeure, la force des choses, par force, coup de force, épreuve de force, faire force de rames ou de voiles comme terme de marine, rentrer en force, force publique, force de frappe, de gré ou de force, force est de…, force de loi, être une force de la nature, les forces vives, à toute force, de toute sa force, à forces égales, tour de force, reprendre des forces ou les perdre, ne pas sentir sa force, les forces armées, céder à la force, faire force : il m'est force de… ou bien force m'est de…,  jambe de force en architecture, force motrice, force comme synonyme de pléthore ou de beaucoup, de vive force, par force forcée……

Pffff… j'en peux plus et j'en ai oublié très certainement.

Disons-le tout de suite manière de récréation, mes préférées sont : force centripète qu'est le contraire de centrifuge comme tout le monde sait ; il est bien plaisant ce centripète à prononcer, d'abord assez sérieux d'ample mouvement pour finir en petit pet mignon… ben oui, dans le sud on prononce toutes les lettres d'un mot, faut pas gâcher…… puis naturellement pour une sale bête comme moi : force d'inertie qui certes s'emploie en mécanique et ce n'est pas fait pour me fâcher la mécanique mais je pense d'abord à la notion de désobéissance, à cet état qui demande quelque effort pour échapper aux imbéciles corvées.

Incroyable surabondance que porte sur les endosses ce petit substantif féminin   !

Pour sa campagne électorale dans les années 80, une vieille momie cagoularde avait choisi une photo de village bien franchouillard barrée d'un slogan imbécile : la force tranquille. Les braves gens qui ont cru à cet oxymore s'en veulent-ils encore d'avoir filé leur biffeton à cet aigrefin ?

De tous ces sens, il ressort une idée générale fort peu amène ; en exceptant les emplois techniques, ça sent fort la fermeté ou la puissance… bof…

Parfois ça pue la contrainte comme il y a peu. Un petit ministre premier tordit les paluches aux députés pour leur faire gober une loi dont quelque-uns ne voulaient pas. Ces mêmes députés qui avaient pourtant voté tous les articles du texte dans le détail… va comprendre… la force d'esprit d'un député est inversement proportionnelle à ses intérêts. Bref, passage en force.

Parfois c'est l'assujettissement pur et simple : le petit président qu'est le chef du petit ministre premier et des armées décide d'envoyer des gros bateaux, des avions de chasse et autres engins fatals sur la gueule de mecs loin de nos frontières ; les forces de frappe françaises vont cogner sans que le moindre débat parlementaire, encore moins le moindre referendum ne donnent des avis ! Le peuple est bien trop bête pour apprécier il semblerait.

De jeunes et moins jeunes personnes outrées que le chefaillon d'un patelin leur bétonne leur belle campagne sous des prétextes économiques foireux et hop, les forces de l'ordre font du rentre-dedans, pas de quartier, on écrabouille en ligne, à l'assaut comme en 14 nom de d'là !… Tiens même qu'ils ont flingué un jeune gars qu'avait le tort d'être pile-poil face à un argousin muni d'un engin pas autorisé à tir tendu… oui mais bon, si les forces de l'ordre ne peuvent plus tirer à tort et à travers, où est-ce qu'on va-t-on j'vous l'demande !

Grâce à nos belles centrales nucléaires qui fuient de partout et qui jouent du clapet à vapeur comme à Tricastin encore hier, nous avons une féroce force de dissuasion. Dès que c'est assez enrichi le combustible, ça file direct dans des grasses ogives prêtent à être lancées sur la gueule du premier clampin qui veut en faire autant. Tant qu'à vitrifier, faut faire ça en chœur bien synchrone histoire de ne pas avoir à y revenir. Ah le gaillard veut nous anéantir ! Ben y va sentir le salopiot qu'est-ce qu'on va lui mettre, faudrait voir à pas trop nous les chauffer les rampes de lancement. Les cafards résistent parait-il, ils créeront de nouvelles formes de vie.

Les bagnes sont abolis mais pas le travail forcé. Dans nos prisons, le détenu peut aller fabriquer des trucs sans intérêt en atelier pour toucher trois malheureux sous qui lui permettront de cantiner des produits indispensables à prix prohibitif. Certes il peut refuser mais s'il n'a pas une famille pour l'aider à survivre, il est coincé par la force des choses.

Quelques illuminés décident qu'ils vont faire calife à la place du calife. Oui mais, y a un hic un gros, ils n'ont pas de califat, avouez que c'est ballot comme situation.  Illuminés mais pas gagas au point d'aller chasser eux-mêmes, ils recrutent des types assez incultes pour gober les fadaises paradisiaques post-mortem et zou, c'est parti pour la conquête à toute force. Et ça défouraille dans une salle de rédaction, au super-machin juif, à un centre de conférence, près d'une synagogue dans notre vieille Europe. Triste et enrageant. Autour du futur siège du califat, c'est plus atterrant encore : les demoiselles et les dames filent droit au viol sous le voile, de gré ou de force elles sont mariées si ce n'est déjà fait puis tuées ou vendues. Pour les garçons, une AK47 en pogne et ouste au combat ou une ceinture d'explosifs et vlan c'est parti pour l'aveugle tuerie. 

Les grecs malins qui font la nique à la grosse teutonne auront-il assez de force de persuasion ? De force d'âme pour ne pas renier leurs aspirations ? Ça tiendrait du miracle.

Faut vraiment avoir de la force de caractère pour continuer à essayer de se faire une idée de comment va le monde. Grosse tentation d'autruchisme parfois… la tronche dans le sable doré doux tiède. 

Allons sois un peu plus constructive sale goupil !

Bon, bon alors je vais jeter un œil sur les antonymes… arf j'aurais pas dû ! Des échantillons : mollesse, infériorité, lâcheté, délabrement, pusillanimité…… sur la trentaine de mot, deux seulement sont favorables : douceur et persuasion qui m'évoquent aussitôt la morale du vieux père La Fontaine "patience et longueur de temps font plus que force ni que rage".

Tant qu'à avoir ouvert le bouquin, j'ai lu les derniers exemples cités par le Littré, c'est un régal ces vieux mots qui chantent :

- "Un peu de belle force vaut moult"   proverbe provençal collecté par Le Roux de Lincy

- "il mourut de force de rire"    Gargantua de Rabelais

- "Ils molestent tout leur voisinage à force de trinqueballer leurs cloches"  Gargantua de Rabelais 

- "Estant mon intention qu'il ne soit faict aucune force ny violence aux consciences de mes sujets"   lettres missives d'Henri IV

- "Ayans vescu longuement, il est force qu'ils ayent beaucoup veu"  l'évêque Amyot 

L'origine du mot est provençale, disons sudiste pour ne froisser personne. Alors en guise de conclusion un autre proverbe né en Provence qu'il faudrait faire ingurgiter de force à tous les malandrins qui ont soif tant de pouvoir qu'ils en sont exploiteurs sanguinaires devenus :

 "Où force est, raison n'a lieu"    collecte de Le Roux de Lincy

18 février 2015